STAN lance des assiettes

Frank Vercruyssen et Tine Embrechts se massacrent allègrement dans le nouveau spectacle de tg STAN.

Le nouveau spectacle de STAN commence en terrain connu : deux acteurs en scène, regardant autour d'eux, échangent des phrases creuses qui font deviner des sentiments non exprimés – nombre de pièces de théâtre peuvent être réduites à cette description. La force de blijf / weg réside dans le fait que la pièce plonge courageusement sous la surface du langage.
Mais attendez, je vais trop vite. Qui est en scène et pourquoi ?

Frank Vercruyssen et Tine Embrechts forment un couple à la recherche d'un nouveau logement. Le plateau du Monty représente la nième maison qu'ils visitent. Le résultat sera un nième « peut-être », si ce n'est que le personnage joué par Vercruyssen commence à lancer de légères piques à sa compagne, qu'il soupçonne de ne pas donner franchement son avis sur la maison. Elle met un point d'honneur à toujours être d'accord avec lui. En fait, « oui » veut dire « non » et inversement. Ces petits mots repoussent l'émotion au lieu de servir à communiquer. Pour finir, la paire décide de prendre la maison.

Lors de l'interruption qui suit, Embrechts et Vercruyssen vont chercher un matelas qu'ils posent sur le plateau, puis ils font le lit au carré, les draps soigneusement repliés sous le matelas. Les plis des draps sont tellement nets qu'on s'y couperait. Et c'est précisément ce qui est arrivé aux époux – car nous avons fait un bond en avant de sept ans. La femme veut divorcer, l'homme refuse. Ce serait mauvais pour les enfants. Et ces chamailleries incessantes, elles profitent aux enfants ? réplique-t-elle en hurlant. Attachez vos ceintures, la dispute est lancée.

Amusant

On remarque d'emblée qu'au niveau de la langue, pas grand-chose n'a changé. Les phrases sont plus longues et plus compliquées, mais elles contiennent autant de répétitions et sont tout aussi creuses. Il est plus important d'échanger des reproches que de voir l'autre y réagir. Le personnage qu'Embrechts interprète avec beaucoup de verve et des modulations de ton, répond « oui » à tous les reproches et à toutes les accusations, mais ce n'est toujours pas un vrai « oui ». C'est un « oui » sarcastique, une concession qui n'en est pas une, un bouclier qui renvoie les mots de l'autre.

Au début, la dispute est amusante. Parce que le jeu d'Embrechts est délicieusement grossi. Parce que tout peut être ramené aux différences typiques entre l'homme et la femme : il travaille jour et nuit pour nourrir sa famille et il attend de la reconnaissance en retour, elle est seule jour et nuit et se sent délaissée. Il suffit d'agrémenter le tout de banalités du style « pourquoi faut-il que toutes les serviettes soient sales en même temps ? » pour obtenir une dispute comique et mélodieuse.

Mais progressivement, la paire dépasse les bornes. On se met à penser : « mais lâchez-vous ». Lâchez l'autre ou tuez-le, mais finissez-en. La salle n'a plus envie de rire. La distance entre le spectateur et les personnages se creuse de nouveau, l'attention glisse vers la rhétorique de la dispute. C'est à ce moment-là que blijf / weg dépasse le niveau du reflet et du rire. La pièce démontre par l'exemple que nos mots sont des projectiles : souvent, ce n'est pas leur sens qui compte, mais la force de l'impact.

De Standaard, Mark Cloostermans, le 17 novembre 2008