Quand parler devient du grand art

tg STAN présente une adaptation réussie des Estivants , un grand classique russe de Maxime Gorki

Les quatre membres permanents de STAN retrouvent de vieilles connaissances et des nouveaux visages sur scène dans une pièce russe classique. Une fin de saison à saluer d'un « merci » retentissant.

Pendant que j'applaudissais au Monty, je repensais à JDX, a Public Enemy ( JDX – Un ennemi du Peuple ), le premier spectacle de STAN que j'ai vu, il y a 17 ans dans cette même salle. Même si j'étais toute jeune à l'époque, m'impressionner n'était pas plus facile qu'aujourd'hui. Et pourtant, j'avais été totalement emballée ce soir-là. Quelle équipe, quels comédiens, quelle merveilleuse approche du répertoire. J'ai continué d'aller les voir et tout à coup, après ces Estivants , j'en suis particulièrement heureuse.

Parfois, après des années, on peut se dire à propos d'une grande amie : « Quelle chance qu'elle existe ». J'ai ce même sentiment à propos de cette compagnie. Essayez donc de suivre leur exemple : quatre personnes qui n'ont pas peur des discussions et qui pourtant maintiennent en vie depuis plus de vingt ans une compagnie en tant que collectif, ont conquis d'autres pays, s'engagent dans de nombreuses nouvelles alliances et produisent – non, pas toujours des réussites totales, mais néanmoins un nombre appréciable de productions solides comme le roc.
À travers cette pièce, ils affirment une fois de plus leur droit à l'existence. Le spectacle est aussi « STAN» que possible par la scénographie imaginative, l'approche ingénieuse du texte et le jeu inégalé.

Le plateau est superbe : d'une extrême théâtralité, esthétique dans son fouillis cultivé, délicatement éclairé pour créer les ambiances adaptées. Et c'est dans ce décor qu'ils créent leurs Estivants , une pièce écrite par Maxime Gorki au début du XXe siècle, lorsque l'intelligentsia passait encore l'été à la campagne où il n'arrivait strictement rien, à part les événements qu'ils déclenchaient eux-mêmes. On y glose sans fin sur l'amour et la vie, les enfants et l'art, l'engagement et la bonne chère, tout ce qui a été et ne sera jamais. À l'époque, la création de la pièce provoqua un énorme scandale : le fait de remettre en question l'inertie des élites sociales et d'encourager une plus grande démocratie n'était pas nécessairement acceptable aux yeux du public.
De nos jours, ce message n'est plus choquant, mais il n'en reste pas moins d'actualité pour une compagnie qui a pris l'habitude de dénoncer diverses facettes de l'embourgeoisement engourdissant.
Ce n'est qu'en consultant une traduction ancienne qu'on comprend à quel point les STAN maîtrisent l'adaptation des textes. Vous savez qu'ils ne répètent pas, mais se préparent autour d'une table ; c'est lors de la création qu'ils livrent leur première véritable prestation sur scène. Cela semble peut-être dénoter une certaine paresse, mais rien n'est moins vrai. Affûter le texte et l'adapter à sa bouche pour envoûter sans aucun mal le public pendant près de deux heures et demie – ce n'est pas rien. Et tous les choix, qui ont pourtant été faits à l'avance, s'avèrent parfaits. La musique qui fait entrer l'été ; l'exploitation de la salle entière comme aire de jeu ; le bourdonnement incessant des comédiens qui traînent continuellement de nouveaux éléments de décor sur le plateau – un contraste réussi avec l'immobilisme mental de la plupart des personnages, pour ne donner que quelques exemples.

Mais l'atout absolu des Estivants est l'ensemble d'acteurs – qu'ils se chargent ou non de deux rôles à la fois. Après quelque temps, la qualité de certains comédiens semble aller de soi. Mais après ce soir, il faut la rappeler une fois de plus. La façon dont Damiaan De Schrijver élève le ronchonnement au rang de grand art, dont il lance des regards par-dessus sa barbe impressionnante, dont il use de son corps pour faire gober aux spectateurs tout ce qu'il veut – je n'en reviens toujours pas. Et Frank Vercruyssen qui ose faire les choix les plus extrêmes en jouant – et pourtant n'en rate aucun. Et Jolente De Keersmaeker qui sait se montrer vulnérable avec un flair tout naturel et rendre ainsi la rigidité nostalgique. Et Sara De Roo, qui fait de toute femme qu'elle incarne quelqu'un qui me fascine immanquablement. La manière dont, en compagnie de leurs invités de talent, ils font honneur au plaisir d'être en scène reste exceptionnelle. (Dommage que pour le moment, la jeune Minke Kruyver reste un peu à la traîne, mais quelqu'un à qui je fais confiance m'a affirmé que ça allait s'arranger.)

Ceux qui s'attendent à voir souffler un vent résolument nouveau ou à recevoir une claque en pleine figure ne doivent peut-être pas se précipiter à ce spectacle. Mais à l'intention de tous les autres, répétons que cette version des Estivants est intelligente et spirituelle, touchante dans sa maladresse délibérée, interpellante et entraînante. Tout au long du spectacle, une certaine mélancolie reste sous-jacente, une nostalgie de ce qui se perd irrémédiablement. De l'attente qui n'est pas exaucée. De vies qui ne sont jamais tout à fait conformes aux espoirs. Pour moi, c'est beau, c'est merveilleux à regarder. Merci, les STAN, de rester pareils à vous-mêmes.

Griet Op de Beeck, De Morgen, le 19 juin 2010

Frans