Pourquoi un tableau entièrement blanc coûte-t-il une fortune ? Et pourquoi quelqu'un est-il prêt à payer autant ? Cet individu est-il malade ? tg STAN et Dood Paard apportent une réponse à la fois merveilleusement hilarante et spirituelle dans Kunst.

Ce qui est de l'art pour l'un, est du caca pour l'autre. Des babioles sans valeur pour l'un sont pour l'autre des objets de valeur. tg STAN et Dood Paard entament donc leur mise en scène de la tragicomédie de Yasmina Reza, « Art », sur un plateau entièrement vide, et terminent le spectacle dans un décor composé d'un amas d'objets (allant de livres d'art à des animaux en plastique) que l'un des trois acteurs considère comme des chefs-d'œuvre, voire comme de l'art, alors qu'ils laissent froids les deux autres.

Qu'est donc « l'art » ? L'image scénique fait vaguement transparaître une réponse : un objet est de l'art quand il représente la beauté pour quelqu'un. C'est évidemment une définition passablement discutable. Reza maîtrise parfaitement l'art d'écrire des dialogues acérés, dans lesquels elle oppose verbalement trois hommes, meilleurs amis depuis des années. Marc (Frank Vercruyssen) est bourru, réaliste et affectivement égaré. Le jeune Yvan (Gillis Biesheuvel) est sur le point de se marier et Serge (Kuno Bakker) vient d'acheter un tableau blanc horriblement cher qu'il exhibe fièrement à ses amis, à leur grande consternation, car ils pensent que c'est de la merde (blanche). En discutant du tableau, les trois hommes révèlent la présence d'autres plaies suppurantes dans leur amitié.

« Art » convient donc à merveille aux acteurs chevronnés de tg STAN et Dood Paard ; les deux collectifs sont passés maîtres dans l'art de jongler avec le texte et le jeu. Ainsi, en déballant les « éléments de décor » (qui arrivent sur le plateau dans une charrette), les trois acteurs s'adressent les uns aux autres par leurs vrais prénoms, ce que, le plus souvent, ils ne font pas en jouant. Ce « le plus souvent » met justement du suspense et du sel dans le jeu. Ils sortent de leur rôle aux moments les plus inattendus, confirmant ainsi le dynamisme de leur jeu d'acteur, mais aussi du texte de Reza.

Ils se servent surtout de ce texte pour mettre en scène l'amitié tempétueuse, mais solide, entre trois hommes. La nécessité de l'art n'est pas vraiment le thème du spectacle. Ils ne proposent donc pas de prise de position affirmée dans le débat sur les économies dans la culture, qui est d'une brûlante actualité. Quoique. Kunst est du théâtre peut-être un peu sage, mais formidablement bien joué, sur la manière dont l'art peut inviter au dialogue, renforcer les amitiés et faire grandir le respect du prochain et de ses opinions. Il est grand temps d'intensifier ce dialogue, et pas seulement entre amis.


Els Van Steenberghe, Focus Knack, 20 octobre 2014

 

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