Le tg STAN prend la Bastille

Festival d'Automne . La compagnie flamande est installée pour deux mois, quatre créations et quelques impromptus au Théâtre de la Bastille.

Acteurs, metteurs en scène, le fonctionnement du tg STAN s'apparente presque à celui d'une coopérative. Dans le groupe, chacun y va de sa proposition, contre-proposition. L'un suggère un texte, l'autre un auteur. Tous mettent la main à la pâte et ils ont construit, au fil des ans et des expériences-expérimentations artistiques, un univers théâtral unique en son genre. Il semble que rien ne résiste à leur imaginaire et encore moins à leur irrévérence. Qu'ils s'emparent d'une pièce de Thomas Bernhard ou d'un texte de Diderot et l'affaire est dans le sac. Il y a un jeu tg STAN qui agit comme une marque de fabrique. Il repose sur le jeu des acteurs, toujours sur le fil, d'une extrême rigueur. Un jeu physique où le corps est un des passages obligés des mots avant qu'ils ne rebondissent sur scène et connaissent une autre vie. Quant à leur humour, il est diffus, inattendu, quelquefois un tantinet cabot, tantôt provoqué par le texte lui-même, tantôt par des adresses au public hors le texte dont ils sont friands.

Dans le cadre du Festival d'Automne, le Théâtre de la Bastille, dont ils sont des habitués, leur offre le gîte et le couvert deux mois durant. Une occasion d'en savoir un peu plus sur ces quatre comédiens qui osent des aventures théâtrales uniques en leur genre. C'est avec My Dinner With André , d'après le scénario de Louis Malle, que les festivités ont débuté. Comme il s'agit d'un repas, c'est donc à un repas que les spectateurs sont conviés, en direct sur le plateau au milieu duquel trône une table apprêtée tandis qu'au fond de la scène, un cuisinier leur concocte des mets dont le fumet vient taquiner nos narines. Les deux acteurs, Damiaan de Schrijver et Peter Van Den Eede, s'en donnent à coeur joie : fausses impros, vraie distanciation, rien n'est laissé au hasard dans ce face-à-face entre deux « professionnels de la profession ». Regards croisés sur le métier, introspection, l'occasion est trop belle pour ne pas s'amuser des codes en vigueur dans le théâtre, avec ses tics et ses manies, ses formules toutes faites que l'on s'amuse à glisser entre la poire, le fromage et le cigare.

ANATHEMA , de l'écrivain portugais José Luis Peixoto, repose sur un dialogue entre un homme et une femme - (Jolente de Keersmaecker et Tiago Rodrigues), un échange qui vire dès le départ au monologue où chacun raconte, se raconte, dit l'impossibilité d'aimer malgré le désir, la guerre. Un jeu sobre qui exclue tout pathos, où les corps se frôlent sans jamais se toucher dans un étrange ballet porté par des êtres aveugles. On peut être décontenancé par le texte écrit dans une forme sacralisée. On peut même trouver de trop la présence, au sol dans de vieux chiffons, d'un Kalachnikov et d'une ceinture d'explosifs (qui explosera, d'ailleurs, comme un pétard mouillé). De petites réticences vite balayées lorsque surgissent, avec une violence irrémédiablement contenue, deux passages qui évoquent le temps - « Mais je suis si fatiguée » répète l'actrice dans une longue litanie - la fuite du temps et son travail de déconstruction-construction. La suite est à venir avec L'Avantage du doute et 'voir et voir' .

L'Humanité, Marie-José Sirach, le 21 novembre 2005

Frans