« Ça fait du bien d'être dorloté de temps en temps »

« Du théâtre à volonté », « un miracle à la flamande », « le spectacle le plus stimulant de cet automne théâtral ». Les commentaires des journaux français à propos de My Dinner with André de tg STAN et De Koe sont dithyrambiques. Stan a la cote à Paris. Le collectif anversois y occupe pendant deux mois entiers le Théâtre de la Bastille avec deux pièces traduites, deux productions inédites et quelques soirées en compagnie d'amis flamands.

Ce n'est pas la première fois que tg STAN passe à Paris. La troupe était déjà venue y présenter les versions françaises de, notamment, Alles is rustig ( Tout est calme ), vandeneedevandeschrijvervandekoningendiderot ( du serment de l'écrivain du roi et de diderot ) et Vraagzucht ( En Quête ). Mais jamais, leur présence n'a été entourée d'un tel prestige. La résidence de STAN à la Bastille, réunissant au total quelque 35 représentations, s'inscrit au programme du Festival d'Automne, la plus importante manifestation de théâtre en France après Avignon. « Suite à Diderot, il ne nous a plus semblé possible de passer avec un seul spectacle », explique Damiaan De Schrijver, l'un des membres de STAN. « Le public que nous avons constitué ici au fil des années méritait une gamme de spectacles plus large. L'on pourrait parler d'une intensification de l'amour, à tous les niveaux. Les spectateurs viennent nous voir l'esprit grand ouvert, et j'ai rarement lu tant de réactions unanimement élogieuses dans la presse. »

Mais à Paris, STAN ne se repose pas uniquement sur les grands succès que sont My Dinner with André et 'voir et voir' . La compagnie se sert également de cette plate-forme pour lancer quelques nouvelles expériences. Il y a, par exemple, L'Avantage du doute , spectacle créé par Frank Vercruyssen de Stan avec neuf comédiens qu'il a rencontrés au gré d'ateliers de théâtre internationaux. Il les a fait travailler ensemble pendant quatre semaines sans intervenir, pour leur proposer ensuite un scénario à partir de ses observations. Pendant le mois suivant, le scénario a ensuite été adapté autour de la table de répétition. Car c'est ainsi que travaille STAN : souvent, la création est la première occasion où le spectacle est porté sur le plateau. Dans L'Avantage du doute , cette spontanéité fonctionne d'abord très bien. Les neuf comédiens se tiennent nonchalamment devant le public, cherchant chacun sans se forcer le bon moment pour prononcer des répliques légèrement absurdes. L'un d'eux récite des menus, une autre parle de son gros derrière, le tout sur un ton pince-sans-rire qui suscite la bonne humeur.

Une autre nouvelle production de STAN, créée pour Paris, est ANATHEMA par Jolente De Keersmaeker et Tiago Rodrigues. Pour cette pièce, les comédiens ont collaboré avec l'auteur portugais à succès José Luís Peixoto, qui n'avait jusque-là écrit que des romans. Cela se ressent d'ailleurs : son texte est dense et suggestif. Mais c'est ce qui en fait l'un des dialogues les plus intéressants de ces derniers temps à propos de la violence. Deux personnes se partagent la scène ; elles ont connu de terribles expériences lors d'une guerre. L'homme raconte qu'il a assisté au viol et au meurtre de sa grand-mère. La femme (sa compagne ?) se souvient du temps où les mots avaient encore un sens très simple. « L'époque où nous allions au théâtre, tout simplement. » À travers une réflexion sur la Tchétchénie, Peixoto tente de rendre la guerre, si éloignée de notre univers, palpable dans la salle.

Ainsi De Keersmaeker pose soudain une mitraillette sur scène, à côté d'une ceinture remplie d'explosifs. Rodrigues s'adresse directement au public : « Vous êtes entrés, vous avez cherché votre place, vous avez toussé, puis vous vous êtes tus quand on a demandé le silence. À présent, vous allez mourir. » Dehors il y a des soldats, dit-il. S'agit-il d'une reconstitution de souvenirs traumatisants ? D'une tentative de briser l'illusion théâtrale ? La pièce laisse toutes les possibilités ouvertes, mais l'implication est forte : votre sécurité peut se désagréger en un instant.

Début novembre, tout cela est soudain devenu terriblement concret suite aux émeutes à Paris. C'est à ce moment-là que STAN a proposé sa première soirée de la série des Impromptus , des rencontres spontanées sur scène avec des comédiens amis tels que Natali Broods, Tine Embrechts, Matthias de Koning et Adriaan Van den Hoof. « Comme nous n'établissons le programme que le jour même, nous avons pu réagir au quart de tour. Nous avons choisi des textes permettant de situer dans un cadre plus vaste les voitures incendiées dans les banlieues. Mais le contenu change à chaque fois. C'est une espèce de “théâtre de type free jazz”, créé à partir de fragments, poèmes et sketches que nous gardions sous le coude. Le résultat dure près de trois heures, mais du point de vue de l'intérêt du public, ces Impromptus marchent aussi bien que nos autres spectacles. C'est étonnant, à vrai dire. Ça fait du bien d'être dorloté de temps en temps », conclut De Schrijver.

De Morgen, Wouter Hillaert, le 12 décembre 2005

Frans