De Schrijver présente un monologue de Bernhard

Douze ans après l'occasion précédente, revoilà l'acteur Damiaan De Schrijver interprétant un monologue de Thomas Bernhard. Mais il n'est pas tout seul. Sur le plateau du Théâtre Bourla, il est accompagné par sa collègue de STAN, Jolente De Keersmaeker, qui l'épaule et fait fonction de souffleuse. Brandhout. Een irritatie devient ainsi une démonstration chaleureuse de l'art de l'acteur, alors que le texte de Bernhard pose un regard aigu sur « le comédien » et analyse les facettes peu ragoûtantes du monde artistique.

Pour Brandhout. Een irritiatie ( Des arbres à abattre. Une irritation ), Toneelspelersgezelschap STAN a pris comme point de départ Holzfällen. Eine Erregung , le dernier volet de la trilogie consacrée à l'art par l'auteur autrichien Thomas Bernhard.

Ce volet traite du théâtre ; le premier, Der Untergeher ( Le Naufragé ), parlait du pianiste Glenn Gould, et Alte Meister ( Maîtres anciens ) se concentrait sur la peinture. Il y a douze ans, c'est ce dernier volet qu'avaient présenté Damiaan De Schrijver et Jolente De Keersmaeker.

L'œuvre de Bernhard tout entière vilipendait l'Autriche, son hypocrisie et son monde politique, mais aussi l'être humain en général, et plus particulièrement ceux qui se préoccupent de religion, de politique ou d'art.

Ses critiques incessantes de l'Autriche lui ont valu d'innombrables procès et ont suscité des scandales sans fin. Holzfällen a été interdit immédiatement après sa parution, ce qui a incité Thomas Bernhard à stipuler dans son testament que pour représenter la pièce, il faudrait attendre 50 ans après sa mort, survenue en 1989.

Une critique acerbe à la première personne

Impitoyable et acerbe, celui qui parle en son propre nom dans Brandhout. Een irritatie fustige le milieu où il se retrouve en ayant accepté une invitation à une soirée artistique.

Le jour même où Joana, une amie commune, s'est pendue, il rencontre dans la rue de vieux amis qui l'invitent à cette soirée. Contre son gré, il accepte l'invitation, et le voilà attendant en compagnie des autres convives l'invité d'honneur, le comédien qui viendra ravir la compagnie après sa prestation acclamée dans Le canard sauvage d'Ibsen.

Analyse corrosive, teintée d'humour noir

Ce qui suit est une analyse corrosive, teintée d'humour noir, tant du milieu artistique que de son discours et de l'hypocrisie sociale. Mais aussi des bons et mauvais côtés du comédien qui se fait attendre pendant des heures.

Et pourtant, les rapports entre le protagoniste et l'objet de ses critiques sont ambigus. Par exemple, c'est grâce à ses anciens amis artistes qu'il a découvert l'art ; le Boléro de Ravel l'a « longtemps énervé», alors qu'il l'aime à présent. Et – tout comme le comédien – il a uniquement « joué la comédie et fait semblant » au cours de sa vie.

Sa haine et sa critique du théâtre, de l'art et de ses vieux amis est aussi amère que son autocritique.

Un spectacle typique de STAN

Damiaan De Schrijver joue ce texte devant une paroi faite de planches brutes posée sur l'avant-scène du théâtre à l'italienne ; derrière la paroi se cache une forêt de carton dans laquelle il finira par se retirer. Un « retour à la nature » pour faire contrepoids à l'art qu'il raille, mais qu'il respire aussi.

Toneelspelersgezelschap STAN fait une fois de plus ce que la compagnie réalise depuis des années avec le plus grand bonheur : s'approprier un texte d'une telle manière qu'on jurerait que les acteurs l'ont inventé à l'instant.

Conscients que même sur scène, on ne peut jamais vraiment devenir quelqu'un d'autre, les comédiens de STAN ont mis au point une technique de jeu partant de leur propre personnalité plutôt que du personnage. Le plus souvent, le résultat est une attitude incroyablement naturelle sur scène, ainsi qu'un immense plaisir qui semble encore s'intensifier à chaque spectacle.

Ici, en plus, Damiaan De Schrijver balance sur la corde raide entre parler d'un comédien et le critiquer, et se produire en tant que comédien face au public du Théâtre Bourla bondé. Il donne une belle prestation, même si l'impression subsiste que lors de la première, il vacille encore un peu sur la corde ténue.

www.deredactie.be, Karlien Vanhoonacker, le 30 janvier 2009

Frans