Merveilleuse tirade contre le verbiage « artistique » au théâtre

Acerbe et d'une aimable légèreté

À peine rentré à Vienne, la ville qu'il a quittée il y a vingt ans, De Schrijver accepte une invitation à une soirée artistique. Précisément dans le milieu qu'il a fui, écœuré, pour pouvoir se consacrer ailleurs en toute quiétude à l'écriture.

Et le voilà, attendant tout comme les autres convives l'invité d'honneur, un comédien célèbre qui arrive bien entendu terriblement en retard. Entre-temps, il s'emporte contre les inepties « artistiques » qu'il entend proférer autour de lui et contre la stupidité dont il a fait preuve en acceptant l'invitation.

Brandhout. Een irritatie ( Holzfällen. Eine Erregung – Des arbres à abattre. Une irritation, 1985) est le troisième roman d'une trilogie consacrée à l'art par l'auteur autrichien Thomas Bernhard (1931-1989) au milieu des années 1980. Les deux premiers volets sont Der Untergeher ( Le Naufragé , sur la musique, et plus particulièrement le pianiste Glenn Gould) et Alte Meister ( Maîtres anciens , sur la peinture). En raison des critiques acerbes dirigées contre la soi-disant « élite culturelle », le roman a été interdit presque immédiatement après sa sortie. Cet incident n'est pas sans rappeler les procès et controverses suscités par les railleries méprisantes de Bernhard à propos de la société autrichienne petite-bourgeoise dans nombre de ses œuvres dramatiques et romans.

Cela nous a valu de merveilleuses pièces bourrées de ronchonnements, à l'inimitable langage provocant. Et quel plaisir de voir la compagnie flamande STAN, douze ans après son Oude Meesters ( Maîtres anciens ) dramatisé, présenter sous la forme d'un monologue le volet consacré au théâtre. La pièce est uniquement jouée dans des théâtres à l'italienne de Flandre et des Pays-Bas, dont l'ambiance colle parfaitement au thème de la pièce.

Devant le fond composé d'un bricolage de vieilles planches, qui semble presque le pousser hors du plateau, l'acteur réussit à merveille à créer une ambiance détendue en ne s'adressant pas seulement aux spectateurs comme s'ils participaient également à la soirée artistique, mais en faisant d'eux ses complices. En les entraînant en tant que personnages et en tant qu'acteurs dans sa recherche du mot juste ou de l'accent tonique correct qui lui permettra d'exprimer et d'accentuer son irritation.

Sans le moindre effort, nous avons l'impression de nous retrouver en mauvaise compagnie au mauvais moment et d'extérioriser notre sentiment d'inconfort à travers une diatribe implacable. C'est libérateur, et cela nous fait aussi prendre conscience du malaise sous-jacent. De la même façon, l'acteur rend la souffleuse complice de sa tirade, qui se transforme presque imperceptiblement en un monologue suffisant du comédien, qui a apparemment fini par arriver.

À mesure que De Schrijver jongle plus ouvertement avec la structure dramatique en mélangeant les rôles du protagoniste, de lui-même et de l'auteur, le monologue se fait de plus en plus drôle. Il est acerbe, désespéré et d'une aimable légèreté. Jusqu'à ce que De Schrijver, au plus fort de sa rage, jette à terre la paroi de bois oppressante et dévoile la symbiose de la nature et du décor, effrontément féerique. Toute parole devient superflue.

Trouw, Hanny Alkema, le 13 février 2009

Frans