« Un spectacle qui s'abat dans le réalisme »

La compagnie de théâtre belge tg STAN a programmé la création mondiale de son spectacle multi-genres the tangible à BIT Teatergarasjen. Le point de départ est une région où ont voyagé les auteurs, et que l'on appelle « le Croissant fertile » ; elle recouvre plus ou moins l'Égypte, Israël, la Palestine, le Liban et des parties de la Turquie, de la Syrie, de la Jordanie, d'Irak, du Kuwait et d'Iran.

L'importance historique de la région est grande, notamment – et pas pour le moins – pour ses conflits. Il est donc approprié que les aspects géographiques et politiques ne soient pas trop explicites, mais plutôt présents en tant que cadre plus vaste dont on a conscience – cela vaut autant pour les spectateurs que pour les interprètes. Les textes sont énoncés comme des histoires de tous les jours qui font référence à la destruction, mais traitent aussi de questions existentielles et philosophiques plus universelles. Les trois danseuses expriment un large éventail d'émotions, allant de la détermination au désespoir. Les photos de bâtiments qui sont projetées prennent des allures d'œuvres d'art. Les textes, la musique, la danse et la photographie racontent chacun sa propre histoire, mais aussi l'histoire commune ; à nous de donner une place aux pièces dans le cadre plus vaste déjà évoqué.

Puis il se passe une chose étrange : tous les moyens d'expression se font plus explicites. Les textes et les images parlent clairement de la guerre, de chars d'assaut dans les rues, d'armes et de roquettes, de la peur quotidienne. Même la bande-son et la musique évoquent des bruits guerriers. Le texte n'est plus poétique, mais devient prosaïque. La tension et l'écart entre les différents éléments ont disparu ; autrement dit : l'espace nécessaire à l'interprétation fait défaut. On nous impose d'être touchés par ce qui se passe.

Après ce virage vers l'explicite, la température monte, Les danseuses exécutent leurs motifs avec une plus grande intensité, mais le spectacle a quitté les rails. Je n'arrive pas à y rentrer de nouveau et le reste n'est guère plus qu'un long sautillement autour de quelque chose dont je comprends que cela doit posséder une certaine charge.

Vouloir être actuel sur scène est admirable, mais je préférais le spectacle quand il était intemporel et ouvert ; il n'en était pas moins actuel pour autant.

Bergens tidende, Ingvild Braein, le 8 avril 2010

Frans