La vie après la séparation

Il y a un an et demi Oscar van den Boogaard, auteur notamment de l'émouvant De heerlijkheid van Julia , a vu les acteurs Sara De Roo et Steven Van Watermeulen dans une adaptation de Stella de Goethe. Il leur a immédiatement proposé d'écrire un texte dramatique pour eux. La pièce, qui porte le titre sensuel de Lucia smelt (ou « Lucia fond »), relate une rencontre à visage découvert, mais néanmoins lourdement chargée, entre deux anciens amoureux qui ont du mal à se lâcher.

« Dis-moi donc que c'est terminé », ordonne Sara De Roo à Steven Van Watermeulen. Les deux interprètes se tiennent à des angles opposés d'un tapis blanc orné d'un plan architectural. C'est un concept de B-architecten, l'agence qui signe aussi la rénovation du Beursschouwburg et qui a conçu les immenses panneaux de couleur fluorescents ornant Anvers pour le happening Mode2001 Landed-Geland . Ce plan représente l'appartement où l'homme et la femme vivaient ensemble jusqu'il y a six mois, jusqu'au moment où il l'a quittée parce qu'il n'en pouvait plus, parce qu'elle lui faisait voir trop clairement qui il était. Et le voilà soudain de retour. La discussion d'une heure et demie qui s'ensuit démontre que le cordon ombilical entre les deux ex-amants n'a pas encore été sectionné.

Pendant que la température monte dans la salle, l'ambiance sur le tapis se fait aussi de plus en plus étouffante. Entourés de tous côtés par un mur de spectateurs, De Roo et Van Watermeulen se lancent dans un dialogue innocent sur la jupe de Véronique Branquinho que la femme vient de s'acheter ou sur son nouveau canapé. Mais la conversation oblique en permanence vers la relation qu'ils ont eue et qui traîne en longueur comme une douleur persistante. « Je ne veux pas que tu me mènes en bateau », dit-elle, mais derrière son attitude défensive, elle hésite autant que lui.

Oscar van den Boogaard propose dans Lucia smelt , son premier texte dramatique, un portrait – d'une familiarité poignante et d'une merveilleuse spiritualit頖 de deux personnes qui ne sont plus ensemble mais restent liées l'une à l'autre. Il a puisé son inspiration dans plusieurs films, dont Scènes de la vie conjugale d'Ingmar Bergman, dans des éléments autobiographiques et dans la personnalité de De Roo et Van Watermeulen. Van den Boogaard était tombé sous le charme de l'affinité qu'il avait ressentie entre les deux acteurs en voyant une adaptation de Goethe, Aanvankelijk onder de naam Stella , un spectacle où les deux comédiens se tenaient plutôt en scène comme des collègues. C'est pourquoi, dans Lucia smelt , la comédienne de STAN et l'acteur invité s'engagent dans une lutte amoureuse en tant qu'eux-mêmes.

Suite à cette ambiguïté, quelques considérations sur le théâtre se mêlent au dialogue. « Tous ces gens qui se croient acteurs, ça me rend malade », affirme crûment De Roo. Van Watermeulen se souvient qu'ils assistaient ensemble aux spectacles de la troupe « Maatschappij Harmonia », un clin d'œil au collectif néerlandais Maatschappij Discordia. Grâce à ce va-et-vient constant entre la fiction et la réalité, Lucia smelt est plus qu'une dispute banale entre anciens amants. Avant tout, De Roo et Van Watermeulen interprètent un homme et une femme, n'importe quel homme, n'importe quelle femme. À un moment De Roo crée une certaine distance en se coiffant d'une perruque blonde, et les deux acteurs miment en silence de petits travaux ménagers. S'ils s'égarent occasionnellement dans l'une ou l'autre anecdote ou une discussion interminable sur un contrat ou un tube de dentifrice, leur récit reste essentiellement universel. Car il est impossible de réduire l'amour à une narration linéaire ou rationnelle ; c'est un jeu d'attirance et de rejet, de doutes et de certitudes. C'est cette conscience sous-jacente que De Roo et Van Watermeulen évoquent avec une grande lucidité, elle souvent par une boutade, lui avec une plus grande retenue.

De Morgen, Sally De Kunst, le 30 juin 2001

Frans