La partie de lutte attachante d'un couple en désamour

La comédienne Sara De Roo passe les mains sur une perruque blonde. De temps à autre, elle la triture ou elle s'en coiffe. À ces moments-là, elle n'est pas forcément la même Sara De Roo qu'avant. Parfois elle est juste une femme comme les autres, confrontée à des problèmes relationnels ; son couple, qui a duré près de dix ans, s'est disloqué six mois auparavant.

L'auteur Oscar van den Boogaard a écrit Lucia smelt , son début en tant que dramaturge, spécialement à l'intention de De Roo et du comédien Steven Van Watermeulen. Dans cette pièce attachante, les deux interprètes portent leur propre nom et sont tous deux acteurs ; ils font en passant une remarque sur leur métier, tout simplement parce qu'il fait partie de leur vie au même titre que les factures qu'il faut payer ou la jupe de Véronique Branquinho que la femme vient de s'acheter.

Il s'agit là des passages les moins périlleux de leur dialogue qui débute lorsque, après six mois de séparation, l'homme revient voir la femme.

Un homme et une femme, jeunes trentenaires, aux prises avec l'amour, ou avec la fin de celui-ci. Ils ont tous deux peur de poser un acte définitif. Elle lui reproche de ne pas oser prendre de décisions, il lui reproche sa langue de vipère et ses jugements à l'emporte-pièce. C'est une partie de lutte d'une heure et demie sur un mètre carré, suffocante, hilarante, tendre et accablante – et vers la fin brièvement laborieuse, quand nous attend encore une pariade tirée en longueur.

De Roo est capable de s'emporter fougueusement, pour relativiser ensuite la situation à l'extrême, tandis que Van Watermeulen est plus posé. Entourés de tous les côtés par les spectateurs, ils sont littéralement séquestrés dans l'appartement de la femme, représenté par un tapis blanc sur lequel est tracé le plan du logement – comme le dessin d'un architecte d'intérieur.

Leur langage corporel exprime tantôt leur grand attachement, tantôt leur dégoût – d'eux-mêmes, de l'autre, de la situation. Un jeu de lumières vives, aux changements abrupts, colore leurs états d'esprit.

Le texte est souple, d'une simplicité trompeuse par moments. Ce qui commence par des chamailleries familières se déploie ensuite comme un ensemble à niveaux multiples, un va-et-vient passant de deux personnages tangibles à des types plus abstraits, pour finir dans une position intime, les protagonistes s'imbriquant comme deux petites cuillères.

de Volkskrant, Karin Veraart, le 24 septembre 2001

Frans