La guerre n'apporte pas le salut

Tg STAN atteint une gaieté digne d’une opérette dans une nouvelle adaptation de Thomas Bernhard.

Après le succès de Tout est calme , tg STAN poursuit son adaptation de l’œuvre de l’incomparable Thomas Bernhard avec un spectacle inspiré de cinq « dramuscules » de l’auteur ( Freispruch, Eis, Maiandacht, Match et A Doda ). Tout, dans ces pièces courtes, repose sur le texte, un matériau littéraire solide, de bonne cuvée, pondu par l’un des rares auteurs dont on accepte volontiers qu’il écoute Glenn Gould ou cite Wittgenstein sans faire preuve de snobisme.

Le fil conducteur qui relie ces œuvres est la difficulté qu'ont les Allemands à faire face à l’héritage de la Seconde Guerre mondiale. Bernhard avance une hypothèse provocante: derrière la façade du « Wirtschaftswunder », le miracle économique, se cache toujours le même nazi intolérant. Mais ne vous laissez surtout pas effrayer par ce constat sans appel, car Bernhard, grand maître comique, érode la gravité funeste de la guerre en maniant un humour tantôt sérieux mais teinté d’absurde, tantôt cocasse et volontairement fruste. Ainsi, Maiandacht ( Le mois de Marie ) explore le pouvoir des propos cancaniers tenant du sophisme: un Allemand se fait écraser par un Turc. L’Allemand était en tort, c’est un fait. Mais si ce Turc n’était pas passé par là, l’Allemand serait encore bien vivant ! Eis ( Glaces ), quant à lui, dépeint des bourgeois nantis en villégiature sur la côte Baltique, dans toute leur soûlographie glorieuse.

Lors des longues minutes de manipulation – de la table à tapisser, des vêtements – la pièce semble parfois s'enliser dans un théâtre de figurines un peu facile, où l’éclat de rire permet de masquer l’absence du fin mot de l’histoire. Mais les apparences sont trompeuses: le jeu de maniement des accessoires, tout comme l’irritation qu’il suscite, a bel et bien une fonction. Les intermèdes grotesques pendant lesquels les comédiens se déguisent entre les scènes créent une joyeuse atmosphère d’opérette qui rend d’autant plus acerbe la critique de l’hypocrisie embaumée de la valse viennoise, dansée par des officiers en uniforme d’apparat et des dames engoncées dans leur corset à baleines.

Knack, Wim Smets, le 23 mars 2005

Frans