Sauve qui peut, pas mal comme titre

Cinq scènes minuscules où réaffleure, sous des conversations ordinaires, avec une obscénité de lapsus, l'horrible passé de l'Allemagne. La langue ne pardonne pas, Thomas Bernhard (1931-1989) non plus : le nazisme n'est pas seulement une idéologie, c'est une corruption secrète, un poison, qui se propage irrémédiablement dans les discours actuels et gangrène les cerveaux. Les comédiens de Tg Stan (qui jouent en français avec l'accent flamand) sont à la fois hilares et féroces dans leur interprétation. Ils ont inventé une dramaturgie de cabaret où l'on ne distingue plus ce qui est improvisé, bâclé ou prémédité. Peut-être faut-il plusieurs siècles de folie surréaliste et carnavalesque (et des heures de travail !) pour atteindre cette immédiateté dans l'outrance. Comme si on assistait à une représentation parodique avec des comédiens ivres qui s'esclaffent et qui trébuchent. Et parce que ça fait peur, on se défend en éclatant de rire.

Le Point, Frédéric Ferney, le 3 janvier 2008

Frans