Un paradoxe comme les autres

Le collectif belge tg Stan présente sa dernière création au Théâtre de la Bastille dans le cadre du Festival d'Automne.

Ne jamais se fier aux apparences. Avec un titre aussi abscons en français ( du serment de l'écrivain du roi et diderot ) qu'imprononçable en flamand ( vandeneedevandeschrijvervandekoningendiderot ), on pourrait être pris de vertige. Il faut dire que les acteurs du tg STAN (STAN pour " Stop thinking about names ") n'y vont pas avec le dos de la cuillère et s'emparent du texte de Diderot, le Paradoxe du comédien , avec gourmandise pour le restituer brut de décoffrage, faisant feu de tout bois des interrogations aussi bien métaphysiques que prosaïques du philosophe des Lumières.

Ainsi ils sont trois personnages sur scène (Damiaan de Schrijver, Matthias de Koning, Peter Van den Eede, tous trois excellents), qui évoluent dans un espace des plus réduit encombré de tables, de coffres, de chaises, de vaisselle et de chandeliers. Trois personnages qui s'envoient les répliques à la gueule, se touchent, se poussent, pour s'asseoir le plus naturellement du monde et converser comme cela se faisait dans les salons du XVIIIe où se pressait le Tout-Paris d'alors. Mais les fauteuils sont si fatigués, défoncés, qu'ils nous rappellent que tout ce qui se trame sur scène est fictif, purement fictif.

Le dialogue à trois qui s'instaure dans cet espace confiné est des plus réjouissant car, aujourd'hui encore, nul ne peut prétendre détenir le secret du " bon " ( ?) comédien. Cela ne s'explique pas. C'est du ressort de l'intime, des sentiments et des émotions qui passent entre des acteurs sur un plateau et des spectateurs. Ah ! la forme suprême du jeu : quand, où, comment ? Les trois acteurs, perruqués et poudrés à souhait, reliés à un décor de pacotille par des ficelles, éternelles marionnettes manipulées par quelque chose de l'ordre de l'invisible, embarquent le spectateur dans une aventure théâtrale rocambolesque où chaque réplique fuse dans une joyeuse confusion organisée, où chaque geste est aligné au cordeau. Un travail sur le corps et le texte d'une belle intensité. Un plaisir partagé qui provoque des éclats de rire salutaires.

L'Humanité, Zoé Lin, le 8 décembre 2003

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